Les premières fois

Lorsque je suis face à un problème à résoudre, à un projet à élaborer ou à une question sans réponse, je cherche un livre. Comme si la réponse ne pouvait venir que d’un auteur. C’est un réflexe. La lecture a toujours été ma façon d’entrer en relation avec le monde. “Et si j’apprenais la peinture sur bois”*(1) a posé une première lueur sur mon intention de rénover des meubles anciens. “Oser écrire”* (2) m’a réconforté, donné de l’élan pour reprendre la plume dans les moments de doute ; même longtemps après sa lecture, placé sur une étagère juste au bon endroit pour qu’il croise mon regard  une fois assise à mon bureau, il a continué à diffuser son message.

Alors tout naturellement, lorsqu’il s’est agi de raconter la vie d’un sumérien, j’ai acheté un livre, Le livre incontournable sur le sujet : “L’histoire commence à Sumer” (3). Aussitôt reçu, aussitôt entamé. C’était sans compter sur les conseils de mon coach d’écriture qui a vite tempéré mes désirs d’investigation ! La recherche documentaire au stade embryonnaire du projet n’est pas la meilleure façon d’avancer. Elle peut même être l’une des nombreuses fuites possibles pour éviter de se confronter à la page blanche. En conséquence, béni soit l’inventeur du marque-page puisque j’ai mis en pause le mode lecture à la page 30. Pourtant je veux vous parler de ce livre, même s’il me reste 281 pages à parcourir. J’ai envie de partager avec vous l’émotion incroyable que j’ai ressentie à distance de temps, à cinq mille ans d’écart, en découvrant ce qui reste à ce jour pour nous, hommes et femmes du XXIe siècle, la trace écrite des premières fois de l’humanité.

L’auteur, Samuel Noah Kramer définit son travail avec un réalisme empreint d’humour.

Dans les plus hautes sphères du monde savant, le sumérologue est l’un des spécialistes les plus spécialisés ; il est un exemple à peu près parfait de « l’homme qui sait tout sur presque rien ».  

Samuel Noah Kramer

Une passion qui lui a fait parcourir le monde pour assembler des tablettes, voire des fragments, afin d’en délivrer une vue d’ensemble aussi claire que possible.

La plus grande partie des documents rassemblés dans ce volume l’a été au prix de grands efforts, ‘de ma sueur et de mes larmes’, ce qui explique le ton souvent personnel de cet ouvrage.

Samuel Noah Kramer

Cette confidence vibrante m’a poussé à me mettre à sa place, à essayer de ressentir ce qu’il a pu vivre en réalisant qu’il était face au plus ancien cahier d’écolier jamais retrouvé, au plus vieux texte de Loi ou à l’ancêtre primordial du poème d’amour. Et là, j’ai senti cet émoi, ce léger affolement du coeur, ses battements tremblotants qui font se resserrer la gorge. À mon tour, en lisant ces pages, je commençais à découvrir la vie ordinaire, ou privilégiée, de ces temps immémoriaux.

Certes, la découverte est à l’arrêt, pour laisser place à l’écriture du premier jet. Mais la fraîcheur de cet instant magique est toujours là, en suspension, comme sortie de l’horloge ou du calendrier. Après cinq mille ans d’attente, ni elle ni moi ne sommes plus à quelques semaines près pour nous retrouver et poursuivre l’émouvante exploration d’une civilisation si lointaine et si proche à la fois.

(1) Et si j’apprenais la peinture sur bois, Magda Guinovard, éditions Place des Victoires.

(2) » Oser écrire » – Madeleine Chapsal, éditions Fayard.

(3) « L’histoire commence à Sumer » – Samuel Noah Kramer, éditions Flammarion.

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