Écrire comme on respire

Image par Oli Lynch de Pixabay

Cette année, j’expérimente une nouvelle façon d’écrire et c’est passionnant. Loin du défouloir des “pages du matin” préconisées par Julia Cameron, de la construction méthodique d’un récit ou d’un essai, la fiction vient me solliciter sur un terrain peu fréquenté. À vrai dire, j’ai l’impression déroutante d’avancer sur une lande tantôt dégagée et praticable, tantôt parsemée d’embûches ou pire, de sables mouvants. Créer une fiction, c’est danser avec son imaginaire, avec des décors et des personnages inconnus. Cette chorégraphie improvisée est censée donner à la fin un ensemble harmonieux. Mais avant d’arriver à ce souhaitable résultat, il faut accepter un nombre certain de couacs et d’orteils écrasés.

Créer une fiction, c’est danser avec son imaginaire, avec des décors et des personnages inconnus.

MARIE

Pour parler plus concrètement, l’histoire que je veux raconter est partie d’une simple idée, de l’envie de parler de la vie d’un homme des temps reculés. Entre ce point de départ et la publication, mille et un chemins s’entrecroisent, que j’apprends à démêler en les parcourant. Suite à cette première intention, j’ai pris en note quelques scènes, des moments phares de sa vie qui jaillissaient comme des évidences. Rien de très rédigé, juste les grandes lignes, parfois quelques détails qui pointaient en saillie sans que je sache trop pourquoi. Jusque-là, rien de bien compliqué ; le début du chemin semble facile au randonneur débutant dont les muscles n’ont pas encore été sollicités !

Puis est venu le besoin de mettre un peu d’ordre, de trouver un sens, une direction. Après l’inspiration, la structuration ; le ballet du cerveau droit et du cerveau gauche commençait. J’ai dû revenir à mon intention pour trouver cette orientation. Laisser l’extérieur, la forme du projet, pour explorer l’intérieur, ma motivation sous-jacente. Une fois mise en exergue, le mouvement a repris en sens inverse, en direction du projet. J’ai pu agencer les scènes, tracer l’ébauche d’un déroulé des moments de vie du personnage principal. Le tout m’a semblé cohérent, quoique désespérément plat. La cohérence n’est pas la seule garante d’une bonne histoire !

Sur les conseils avisés de l’auteur avec qui je travaille mon écriture, pour passer cet écueil et avancer malgré tout, je me suis concentrée sur une scène décisive pour le héros, un moment de vie particulièrement révélateur de sa personnalité et de ses enjeux. Plonger dans cet instant de vie a été en soi toute une aventure inattendue. Impossible de décrire à distance d’émotions ! Une fois le premier jet achevé, le tout avait assez bonne allure, mais révélait une faille. Je n’avais pas laissé suffisamment d’espace dans le scénario au contrepoids, aux forces opposées en présence pour justifier son dilemme. Il était donc temps d’écrire une scène pouvant illustrer l’antagonisme.

La session d’écriture suivante, je me suis exécutée et à nouveau il était temps de poser un regard sur l’ensemble du plan, enrichi de ces nouveaux éléments pour voir de plus loin l’histoire dont les contours se ciselaient davantage à chaque coup de stylo. C’est un peu comme de passer d’une vision grand-angle au microscope et inversement. Venir préciser un instant de vie, détailler les contours d’un décor puis considérer le panorama de loin pour en saisir l’harmonie ou au contraire les dissonances.

L’écriture de la fiction est pareille à tous les autres cycles naturels, elle répond aux mêmes lois que les marées, les rythmes circadiens ou les saisons. Pour créer, il s’agit de trouver l’équilibre entre le plein et le délié, la contraction et l’ouverture, telle une respiration.

J’apprends à écrire comme je respire.

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